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Moi, je sais d'où souffle le vent. Ecrits sur la danse.
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4 mars 2024

Erik N / Le danseur. Partie 3.

Erik N / Le danseur. Partie 3.
Le photographe changea de ton. -Je t’attendrai ici demain. Tu viendras t’allonger près de moi et je t’embrasserai. Tu ne lui ressembles pas, personne ne le peut. Mais tu sais émouvoir et il est à la fois évident et douloureux de te désirer. Je laisserai...
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13 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 3. Ces femmes maléfiques qui te suçaient le sang...

 

 

Niels se blesse et tout change. Contraint de rester chez Webster, il admet que celui-ci a raison. De mauvaises personnes ont oeuvré dans sa vie et lui ont fait manquer des opportunités. Il faut bien reconnaitre que c'était, dans chaque cas, des femmes...

Dans le huit clos d'un appartement où régnait une belle lumière dorée, le danseur découvrait un nouveau type de relation à la fois amoureuse et sexuelle. Car il voyait bien qu'avec Webster, il ne séparait pas l'un de l'autre. Ils se séduisaient mutuellement certes et ils assouvissaient leur désir respectif mais ils se guettaient, s'observaient et s'attendaient. Jamais Daniel ne le tirait brutalement du sommeil pour le prendre et jamais, s'il était éveillé et savait son amant au travail, il ne songeait à aller le déranger. Il se prenait à attendre de lui parler d'un film qu'il avait visionné ou d'un livre qu'il commençait à lire. Il aimait attendre l'appel de l'amant qui l'incitait à le rejoindre dans la cuisine pour l'aider à préparer le repas ou à venir pendre un bain avec lui. Il pouvait se reposer sur Webster et même s'il revenait au fait qu'il n'avait guère d'autres choix, il devait reconnaître que l'Américain avait mis un nom sur son mal être et s'était engagé à l'aider...L'alliance qu'il avait avec lui était vertigineuse...

Puis tout bascula. En répétition, un jour, Niels se blessa. Daniel dut le récupérer aux urgences.

-Je m'inquiétais ! Tu n'as pas prévenu ! Je te punirai.

-Je suis tombé...

-Je le vois bien. C'est elle. Me croiras-tu à la fin !

-Mais Daniel, je fais tout ce que tu dis !

Chez lui, Webster gronda.

-Cette Diavelli, tu l'as considérée comme inutile certes mais tu n'as cessé de l'admirer et de la plaindre ! Ta cheville est abîmée, ta rééducation sera longue et cette fois, tu vas être immobilisé pour un temps, Niels ! Tout ça, c'est ton orgueil !

-Mais ma carrière !

-Ne dois-tu pas lui dire adieu !

Niels éclata en sanglots.

-Toute ma vie, toute ma vie j'ai voulu...Pourquoi être si cruel, Daniel !

-Il va falloir aller plus loin, bien plus loin ! Il y a ta mère qui ne cessait de geindre, cette femme à Cannes et cette garce au Danemark...Trop de femmes maléfiques qui te suçaient le sang ! Sans parler d'elle !

 

 

10 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 3. Des dépendances, du silence et un exorcisme.

 

Niels, jeune danseur, se sent "possédé" et affaibli. Chez des amis, dans l'est, il tente d'excorciser qui le menace...

Dans l'atelier de Diane, il y avait beaucoup de nouvelles toiles, celles de l'exposition new-yorkaises ayant été vendues. Les villes étranges et les personnages hybrides, mi-hommes mi animaux y occupaient toujours une place importante mais une nouvelle inspiration s'était fait jour. L'artiste peignait des femmes torturées, d'étranges éventrations d'éphèbes et des fêtes païennes aux rituels très noirs....Comme le danseur s'en étonnait, Diane lui dit :

-Oh ! Je relis beaucoup de romans gothiques cet an dernier d'où cette nouvelle thématique. Et puis nous sommes dans l'est. Il y a beaucoup de procès de sorcelleries dans nos contrées, des histoires étranges...

C'était curieux car tandis qu'il coulait des jours difficiles chez Webster, celui-ci lui avait dit être aux prises avec un recueil de nouvelles fantastiques qui lui donnait bien du mal. Niels n'avait jamais pu, de gré ou de loin, s'approcher de ses textes sous couvert qu'ils n'étaient pas aboutis. Il avait par contre accès aux autres écrits de Daniel. Quel romancier noir c'était là...

Ces deux célibataires endurcis, aussi originaux l'un que l'autre, érudits et décidés savaient le recevoir et s'occuper de lui. Amant de l'un et ami de l'autre, le danseur était très observé. C'est que cette grande maison pleine d'histoire était le lieu où tout devait arriver.

-Je vais lui dire ce qu'il est, ce que je veux vraiment de lui ! Je l'ai exorcisé après tout.

-Il me semble fin prêt.

-Ma sœur, tu es fine mouche.

-De toute façon, je l'aime, il est vrai de façon peu académique mais totale. Nos liens sont devenus si forts qu'il n'était plus nécessaire de lui cacher quoi que ce soit. L'heure approche, il saura.

Mais Niels, peu avant Noël, au retour d'une longue marche dans la campagne environnante, se rendit dans les dépendances que l'absence momentanée de stagiaires rendait vides et revint exaltée.

-Je voudrais y passer une nuit ou deux !

Les Webster furent stupéfaits.

-Mais quelle idée, Niels ! N'es-tu pas bien ici ?

-Je vais bien, vous le voyez. Ce n'est pas une bien grande fantaisie.

Daniel paraissait perplexe.

-En effet, non...Serait-ce une surprise que tu nous ferais pour Noël ?

-Peut-être oui...

Le jeune homme voulait être un peu seul et gagnait du temps. Il n'avait d'autre idée en tête que ce temps de repos solitaire. Webster fit une ou deux plaisanteries sur le fait qu'il irait surprendre son compagnon à la tombée de la nuit, histoire qu'il se sente entouré mais il n'eut pas de succès. Ce devait être une lubie comme un autre. Il laissa faire.

Niels parcourut les bâtiments annexes où il distingua une grande salle et une chambre ? S'y sentant bien, il y installa ses quelques effets avant d'aller jouer du piano où il se livra aux délices de Chopin et d'Erik Satie.

L'entendant de son atelier, Diane, qui peignait, alla voir son frère.

-Tu le laisses faire cela ?

-Il joue bien. Je ne m'étais jamais rendu compte à quel point !

-Et ça ne t'ennuie pas ?

-On dirait qu'il est heureux. Il a le droit de l'être, ayant tout accepté.

Toutefois, quand le piano se tut, il fut soulagé. C'était bizarre tout de même. Le lendemain, il fut charmant avec ses hôtes, ayant déclaré avoir bien dormi. Après avoir déjeuné avec eux et beaucoup parlé, il accepta l'intimité de Daniel.

-C'est que mon appétit se creuse. Je te prends au matin d'habitude. Tout au moins pour une première fois...

-Je dormirai encore là-bas.

-Ah, mais pourquoi ?

-L'après-midi, n'est-ce pas bien aussi...

-Si mais la nuit est si propice au désir !

-C'est qu'il n'y aura pas de pause...

Niels rit. Mais en fin de journée, repu, il regagna les dépendances. Il se déplaça et choisit cette fois une chambre bien plus éloignée de la maison. Cela ne l'empêcha pas de danser solitaire dans la vaste salle où il avait la veille joué du piano. Il se rendit radieux. Parcourant les locaux, il trouva ça et là des bougies, des des parfums à brûler et des poèmes à lire. Le soir, dédaignant une invitation à dîner que lui faisait Diane, il emplit la grande salle de bougies, mit de la musique et attendit, rêveur. Des parfums brûlaient. Il avait apporté une couverture dans laquelle il s'enveloppa avant de se remettre à danser puis sans savoir pourquoi, il s'endormit.

 

 

26 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 2. Jeune et stupéfiant. Niels repéré par Alexia Hubbe.

 

MD5

Il avait douze ans quand Alexia fut en mesure de lui accorder une bourse. Il l'avait stupéfaite lors des entretiens qu'elle avait eus avec lui car sa violence était très contenue et son envie d'apprendre immense. Il avait dansé pour elle. Il était encore jeune mais à son âge, certains, bien plus entraînés, dansaient bien mieux. Seulement, il avait le feu ! Ce qu'il fallait, c'était lui donner une formation plus solide qui s'accorde avec sa scolarité. A l'âge de seize ans, il tenterait un concours difficile pour intégrer un centre de formation où, s'il réussissait, il serait fin prêt pour accéder au Ballet royal de Copenhague. En quelques années, on aurait fait de lui, un vrai danseur classique.

Tout cela, elle le lui avait expliqué, comme elle le rencontrait pour la première.

-Tu devras travailler très dur et apprendre les bonnes positions, avoir les bons réflexes...

-Il n'y a pas des écoles où on est pensionnaire ?

-Tes parents seraient d'accord ?

-Non. Mais vous leur parlerez...

-C'est déjà fait. Ils pensent que tu es très jeune.

-Ah ! C'est définitif, alors...

-Pour l'instant, c'est compliqué. Mais en même temps, tu es pris en charge maintenant et ça les met face à leurs responsabilités. Tu vas dans une nouvelle école de danse et pour que tout aille bien, tu changes d'école. Quand on saura que tu suis un entraînement de haut niveau, on ne pourra plus se moquer de toi parce que là où je t'envoie, tout le monde n'entre pas. Avec tes parents aussi, ce sera différent.

-Mon père...

-J'ai compris qu'il se montrait agressif avec toi mais crois-moi, te mettre des bâtons dans les roues n'est pas dans son intérêt. On va attendre de toi un bon niveau scolaire et tu reçois une formation élitiste sans qu'il ait à la payer. S'il n'est pas d'accord, il s'en mordra les doigts.

Il s'était mis à rire, Niels, quand elle avait dit ça. Quel étrange garçon c'était là...Mais doué et d'une beauté encore enfantine si touchante.

Tout s'était déroulé à merveille : le changement d'école, le nouveau centre chorégraphique et les bons résultats. Thüre, pour la première fois de sa vie, avait commencé à se dire qu'il n'avait pas misé sur le bon cheval. Niels avait l'air de s'en tirer bien mieux que Maja en fin de compte car celle-ci ne faisait plus grand chose. Quant à Anna, elle soufflait. Il avait enfin cessé de la critiquer car elle encourageait un bon à rien. A ce qu'elle comprenait, c'était plutôt le contraire.

Très bon dans cette école de danse.

Mauvais caractère mais très bon.

Il faudrait qu'il ait ce concours. Le Ballet Royal de Copenhague était en ligne de mire.

Mais, un soir qu'il roulait ivre, Thüre était mort...

 

8 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 3. Niels : une belle trajectoire.

Irène Diavelli se relève d'une grave dépression. Elle se souvient du danseur Niels Lindhardt...

Restait à consulter le site de Niels car elle ne doutait pas qu'il en eut un. Présentation classique. Belles photos. Parcours brillant d'un virtuose de la danse mais rien de plus. Il jouait la carte de la sobriété. Continuant ses recherches, elle tenta d'avoir une vision globale de sa carrière. Formé au Danemark et en France, il avait fait un sans faute en Angleterre. Aux Usa, ça paraissait plus compliqué. Après New York et le Ballet de San Francisco, il y avait un trou inexplicable. Que lui arrivait-il ? Le visage de Niels Lindhardt s'imposa à elle. Il était tel qu'il était à dix-huit ans. Un beau visage adolescent aux yeux clairs et à l'expression décidée

-Surtout, ne fléchis pas ! Reste un danseur !

Entendrait-il ?

Elle était encore perplexe quand Martine lui apprit la nouvelle :

-Cet écrivain américain dont tu as acheté deux livres, tu sais qu'il est sur la Côte d'Azur ? Il serait même à Cannes dans quelques jours. N'est-ce pas étonnant ?

Irène ne répondit rien. Elle était déroutée. Tout était étouffant chez Webster. Cependant ce fut la même Martine qui lui dit :

-Oh, il fera des signatures ; cela pourrait être amusant.

Irène finit ses lectures et Martine réserva de nouveau un hôtel.

 

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26 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 2. Une ballerine qui s'intéresse à Niels...

 

Depuis qu'il était assidu au centre chorégraphique, il était beaucoup plus calme à la maison, se montrant parfois taciturne. Adroit, il savait qu'il avait la part belle. Que pouvait-on lui dire ? Ses résultats scolaires étaient bien meilleurs et il n'était plus absentéiste. Avec les élèves de l'école, il était certes un peu distant mais jamais vulgaire ni bagarreur et question progrès, il étonnait son monde. Un acharnement surprenant chez un jeune garçon qui ne recevait manifestement aucun encouragement familial...

Tout alla ainsi pendant un an et demi environ mais quand il devint évident qu'il était nettement plus doué que la moyenne, l'école se mit en quatre pour lui proposer des formations complémentaires. S'entraîner à chaque vacances scolaires, Niels ne demandait pas mieux mais il était mineur et les stages coûtaient assez cher. Thüre qui avait passé des années à promener des touristes en Europe du nord, s'absentant pour de longues périodes, avait assez économisé pour monter sa propre petite entreprise. Ayant passé la quarantaine, il souhaitait désormais se consacrer au tourisme sur mesure pour des clients aisés et louer de jolies villas ça et là au Danemark à ceux qui voulaient passer des week-ends de rêve...Le budget que représentait la formation de Niels était grotesque à ses yeux.

-Quelques femmes qui s'extasient et c'est vrai quelques hommes aussi ! Rien n'est sûr, il est tellement jeune !

Anna lutta un peu mais au fond la nouvelle situation de son mari lui plaisait. Ils pourraient travailler ensemble et être plus sédentaires. Elle-aussi avait eu sa part de groupes de touristes. Niels devrait se contenter de ce qu'on lui proposait. Une excellente ballerine formée à l'école de Bournonville et qui avait travaillé pour le Ballet royal de Copenhague s'intéressait à lui...

 

13 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 3. Je n'ai peut être pas compris ce que vous voulez de moi, madame.

 

 

Niels a le sentiment étrange qu'une pianiste qu'il a connue a voulu l'envouter et lui faire du mal. Cette impression s'estompe..

Niels fut surpris qu'au fil des jours sa condition physique redevint passable puis plutôt bonne. Sans nouvelle d'Irène, il avait pourtant le sentiment de pactiser avec elle. Elle était toujours en lui, il le savait, mais il l'apprivoisait, dialoguant en silence avec celle dont il tentait de comprendre les desseins.

Je n'ai peut-être pas compris ce que vous voulez de moi, madame. Une carrière fulgurante, une mort brutale, et un nom parmi les étoiles de la danse ? Si c'est cela, je n'en aurais pas assez fait, à mes yeux du moins...J'aurais tellement voulu les toucher encore, les atteindre, être leur ange...Mais peut-être n'est-ce pas cela ! Vous voudriez juste que je ne sois pas à New York. Si j'étais à Paris, vous me verriez. Je sais comment vous m'avez encouragé quand vous m'observiez en répétition ou me parliez dans des cafés...C'est cela que vous voulez ? Que je sois plus près de vous ? Mais vous savez, je vais un peu mieux sans pour autant avoir repris le chemin du théâtre. Et là bas, que me dira t'on ? On a déjà chuchoté que j'étais fini...

Cette Irène qu'il voulait plus explicite ne lui répondit pas mais le fait est qu'il recouvra ses forces et put danser de nouveau. Il vit là le signe qu'il attendait. Elle approuvait qu'il dansât. Il surprit par son ardeur et sa rigueur, fut de nouveau distribué dans des quelques rôles puis supplanta d'autres danseurs dans d'autres car, rayonnant, il était très applaudi. Personne n'y comprenait rien...

 

31 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 1. Donner une autre image.

 

 

Revenant à la scène après une longue absence, la pianiste Irène Diavelli veut paraître aux mieux

Elle courut chez le coiffeur, l'esthéticienne et la manucure et dévalisa quelques magasins. Au dernier moment, la robe noire qu'elle avait choisie pour l'occasion, lui parut un mauvais choix. Une telle couleur à son âge, un chignon sage et un maquillage appuyé, y avait-il une façon plus nette de paraître ridicule ? Non. Elle lâcha ses cheveux qu'elle attachait toujours et les retint par des pinces avant d'aller s'acheter une robe de cocktail pourpre avec un haut scintillant. Elle ne portait jamais ce type de vêtement mais refusa de se poser des questions. Dans un institut de beauté, une jeune fille la démaquilla et sur son injonction lui donna un visage différent. Sous les fards légers, son visage révéla un ovale plus pur, les paupières parurent plus bombées et les sourcils plus arqués. Enfin, la bouche devint pulpeuse, lui donnant une sensualité qu'elle n'affichait jamais. Le jour du concert, elle se prépara seule dans sa loge et surprit en apparaissant sur scène. On ne la connaissait pas comme jolie et moins encore comme belle mais les effets conjugués de sa mise, de son maquillage et de l'éclairage choisi fit changer les esprits. Cette femme qui, chaque soir, arrivait pour guider au piano six jeunes danseurs qui attendaient la gloire, ne pouvait être celle qui saluait ainsi le public. L'une portait des vêtements amples, souvent enfilés à la hâte et qui, même si individuellement ils étaient beaux, perdaient toute séduction en étant portés ensemble. Celle-ci, au contraire, portait une robe d'exception qui la rendait brillante. L'une ramassait ses cheveux en arrière et se contentait d'un rouge à lèvres vif. L'autre offrait un visage aux traits soudain harmonieux que les fards rendaient à la fois avenant et un peu irréel. Il y avait de quoi être surpris et se réjouir. On le fut et on l'applaudit.

 

20 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 2. Une artiste accueillante à Albany.

 

 

Liza Higgins ne dansait pas aussi bien que lui mais elle l'admirait, qu'il fut splendide sur scène ou abattu comme il l'était depuis peu. Elle avait, à Albany, dans l'état de New York, une connaissance qui disposait d'une grande maison de famille où elle aimait à recevoir de jeunes artistes qui passaient un cap difficile. A coup sûr, il pourrait se reprendre dans un décor aussi beau que paisible où évoluait une femme singulière et compréhensive.

Ces deux adjectifs ne rassurèrent pas Niels. N'est-ce pas ainsi que lui était apparue Alexia quand il avait, enfant, fait sa connaissance ? Et cette Irène Diavelli qui le regardait tant à Cannes quand il s'entraînait dans la « salle des jeunes espoirs » de cette académie aux murs roses, n'était-elle pas particulière et soucieuse de le comprendre ? A priori, ces femmes originales et pleines d'attention ne lui valaient rien de bon ! Mieux valait refuser ce séjour à Albany.

Seulement, Liza fut persuasive et il accepta de quitter son bel appartement de Chelsea pour la Capitale de l'état de New York. A son arrivée, il jugea la ville froide, monumentale et incroyablement provinciale malgré sa fière allure. Son amie avait intérêt à ne pas avoir menti sur la qualité de leur hôtesse, sinon, quel ennui !

Dès qu'ils se furent présentés à l'entrée de la maison et que Diane Webster leur eut ouvert, il comprit que la jeune danseuse avait eu raison de le rassurer. Belle femme aux traits un peu durs, Diane avait du panache dans sa robe rouge cramoisie, ses cheveux gris argenté formant une auréole autour de son visage. Se tenait derrière elle, un homme brun assez beau, au regard aiguisé. C'était Daniel Webster, son frère. Quand il rencontra son regard, le pâle Niels eut une onde de choc. Cet homme, dont il ne savait rien, l'attirait autant qu'il l'inquiétait...

 

13 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 3. Vous voudriez une américaine mais c'est Daniel qu'il vous faut !

 

 

Vernissage de l'exposition de Diane à New York. Niels est présent et se confie. Toutefois, Daniel apparaît...

Il lui parla de la jeune fille dont il se rapprochait. Elle eut un sourire de connivence. Il escomptait qu'il ne serait que très peu question de l'écrivain, mais Diane se mit à parler de lui.

-Vous aurez remarqué que Daniel était absent à mon vernissage. Il n'était pas à New York ce soir là mais il est de retour. Vous lui aviez fait forte impression. Niels, mon frère n'est pas quelqu'un qu'il faut négliger...

Le danseur rougit :

-Que voulez-vous dire ?

-Peut-être ne vous êtes vous pas compris mais Daniel est, je vous assure, un être complexe qui a un vrai talent d'écrivain. Il est sensible à ce que vous êtes. Vous gagneriez à vous revoir...

Puis, comme Niels demeurait silencieux, elle se pencha vers lui à travers la table et fit mine de murmurer.

-Vous allez très, très bien ensemble. Vous comprenez ?

Le danseur s'empressa de la contredire mais il ne fut pas convaincant. Elle ne le quittait pas des yeux et le raillait doucement.

-Oui, vous voudriez une Américaine mais lui, il est là. Ce ne sont pas les mêmes voies, je le reconnais...Ne vous débattez pas ainsi. Vous savez, si moi, je suis sensible à votre beauté, imaginez ce qu'il ressent lui...

Niels craignit que le reste du dîner fût gâché mais elle eut du tact et changea de sujet. Toutefois, le vert était dans le fruit. Il le savait, il allait se trouver face à Webster.

Quelques jours plus tard, il sortait du Lincoln Center et allait s'engouffrer dans un taxi quand il entendit une voix derrière lui.

-Raphaël ! Raphaël !

Il se retourna. Daniel était là, vêtu d'un costume de demi saison et d'un imperméable. Ses yeux brillaient étrangement.

-Je m'appelle Niels.

L'homme fit la grimace.

-Oui, c'est aussi ton prénom. Mais tu t'appelles également Raphaël. Aucune magie là-dedans. Nous avons dormi ensemble, tu dois t'en souvenir et tu parlais dans ton sommeil. Tu allais mal à cette époque là...ça te dit quelque chose?

-Oui, oui bien sûr.

-Ah, tu vois!

-Je dois partir.

 

26 janvier 2024

Erik N/ Le Danseur. Partie 4. Ceux qui sont quittés.

Erik N/ Le Danseur. Partie 4. Ceux qui sont quittés.
Restait Williamson dont Erik ne retrouvait pas la trace. Mills finit par l’informer : -Il y a quelques années, il a fait une crise cardiaque, a eu peur, a tout vendu ici et s’est installé quelque part dans une de ces villes qui jouxtent le désert. Il...
7 novembre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 1. Anaïs : de l'utilité d'être une bonne danseuse.

 

 

Anaïs avait un joli visage bien construit au bel ovale et aux sourcils montants. Elle avait des yeux bruns lumineux et expressifs et un teint clair tenu à l'écart du soleil méditerranéen. Très mince et pas très grande, elle suivait en cela la ligne de conduite de toute ballerine qui ne veut pas déparer son partenaire sur scène. Il fallait absolument qu'il put la soulever facilement, la porter avec grâce et l'aider à tourner sur elle-même sans que surgisse le moindre désagrément. En solo, il fallait qu'elle parût gracieuse, qu'elle soit vêtue d'un tutu classique ou d'un simple justaucorps. Elle avait un beau port de tête et savait soigner ses apparitions. Vraiment jolie elle se voulait sans faille et s'appuyait sur une technique impeccable. Elle avait compris qu'elle devait y adjoindre sensibilité et intelligence du rôle qu'on lui confiait. Encore perfectible, elle ferait le bonheur des chorégraphes qui lui confieraient des rôles. Et pour finir, elle avait saisi l'utilité de connaître l'histoire de la danse. Converser avec elle sur ce sujet promettait de belles surprises.

 

7 novembre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 1. Malade, pleine de Niels.

 

 

Irène Diavelli, pianiste déchue, a connu un jeune danseur auquel elle reste très attaché. Il cesse pourtant de lui envoyer des messages...

Elle ne rêvait plus du bel oiseau de contes de fées mais, faisant les rêves les plus noirs, ses nuits étaient courtes. Elle était sujette à de violentes baisses de tension qui contrarièrent son programme de concerts. Elle n'avait que quelques engagements mais il parut très vite clair qu'elle ne les tiendrait pas. Bientôt, elle fut recluse, abandonnant un à un ses élèves. Tant qu'elle eut des nouvelles de Niels, elle tint bon. Il n'était pas bavard mais gardait le contact. Londres lui plaisait beaucoup. Il s'était fait suffisamment repérer pour attirer les rôles titres dans la compagnie pour laquelle il travaillait. Il n'avait que vingt ans, était étoile et ne désespérait pas d'atteindre ainsi le but qu'il s'était fixé : New York. On ne lui connaissait pas de liaison fixe mais il était encore très jeune. Qu'il soit seul était le meilleur pour lui. Il focalisait les désirs et les attentes, les rêveries les plus romantiques et les rêves les plus crus. Et pour les chorégraphes, c'était un creuset...Il donnait envie d'être inventif …

Puis, brusquement, il ne répondit plus à ses messages. Il devait avoir oublié cette période cannoise où elle jouait du piano tandis qu'il s'entraînait. Il ne pensait plus à son récital, ni aux fêtes qui avaient marqué la fin de l'année et à leurs conversations dans les café. Il oubliait. Puisque les contacts étaient rompus, Irène pensa l'espace d'un instant qu'elle oublierait le jeune danseur. Elle irait mieux, elle redeviendrait sereine. Mais au fond, cela ne servait à rien. Sans qu'elle eut conscience, elle était rivée à lui et cette maladie qui la prenait ne cessa pas, bien au contraire, puisqu'elle était le signe d'un attachement profond. Percluse de fièvre, elle s'alita souvent. Les cauchemars déferlèrent. Dans l'un d'eux qui revenait sans cesse, elle usait du corps de Niels comme d'une combinaison intégrale. Il suffisait d'en descendre une longue fermeture éclair pour s'y glisser. Loin d'être une seconde peau, c'était la peau elle-même. Elle était l'autre, elle était Niels. Parfois, elle rencontrait des obstacles : les parents du danseur ou Monica. Elle devait se battre mais finissait par l'emporter...

Irène était certaine que Niels restait lié à elle. Il sentirait qu'elle pensait à lui et réapparaîtrait. Il danserait à Paris. Ce serait bien...Cependant, il n'en fit rien. Le temps passant, fort de ses succès anglais, Niels parvint à décrocher un contrat non à New York mais à Boston. Fou de joie, il prépara son départ. Dans le temps où il le faisait, Irène parut s'absenter d'elle-même. Elle était incohérente mais n'étant pas jugée dangereuse, on lui fournit des aides et la laissa chez elle.

 

 

26 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 2. Il serait doué pour la danse....

 

1. Une vocation contrariée.

Il pleurait dans sa chambre, comme souvent, mais c'était de rage. Il pouvait se montrer abattu mais il avait cet orgueil qui ne le lâchait pas et le poussait à toujours insister. Au fil du temps, ça jouait en sa faveur.

Trois ans de danses folkloriques parce que Thüre, son père, s'opposait à toute formation classique et qu'Anna, sa mère, n'avait pas assez de caractère pour le contrer.

-J'ai dit non et c'est définitif ! On ne va pas remettre le couvert avec ça ! Franchement, c'est la fille qui s'intéresse à des jeux de garçon et le garçon qui louche sur ce qui convient aux filles, dans cette famille !

-Il aime le ski !

-Bah, oui, pas difficile. Mais elle, tu as vu ! Patin à glace, natation et foot ! Elle est bonne en plus ! Tu arrives et tu trouves quoi ? Faire le guignol au milieu de filles en tutu ! On m'aurait dit que ce garçon aurait des goûts pareils...

-Il n'en démord pas.

-Il le fera.

-Mais tu vois bien...

-Tais-toi, Anna. Fin de la discussion.

Niels ne se calmant pas, ils finirent pas céder. Que faire de toute façon ? Il passait son temps à dessiner des danseurs, à regarder des DVD de danse qui venaient dont ne sait où et à supplier ses grands-parents français de l'aidaient, ce qu'ils faisaient en lui envoyant de l'argent pour s'acheter des justaucorps, des jambières et des chaussons de danse.

-Pourquoi tu lui donnes cet argent !

-Il reçoit des billets dans des enveloppes ! Il y a son nom dessus !

-Et tu l'as inscrit à un cours !

-Oui, Thüre ! Je l'ai inscrit à un cours de danse. Il est pénible à l'école et ne pense qu'à la danse ! Et puis la directrice m'a dit qu'il était doué et crois-moi, elle a l'habitude. Il est très studieux !

-Un truc de fille !

-Oh mais il a dix ans !

-Et à quinze, il tortillera du derrière. Ah, tu sais bien ce que je pense.

-Tu ne vois que par Maja !

-J'aime ma fille ! Elle est féminine mais casse-coup. J'adore ce mélange !

Elle avait cinq de plus que son frère et avait des petits-amis. Une jolie fille avec ça....

Niels ne lui parlait pas beaucoup car elle était méprisante mais elle s'en moquait, ayant toujours eu une vie très différente de la sienne. Quant à lui, s'il avait eu beaucoup de mal avec le favoritisme de son père et celui, moins avoué, de sa mère, il s'en tirait mieux, fort de la certitude d'être fait pour la danse et de pouvoir dans ce domaine que chez lui on écriait tant !

20 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 2. Daniel. Un univers romanesque troublant.

 

 

Daniel avait lui-aussi fait de longues études. Contrairement à sa sœur, il ne vivait pas à l'année à Albany. Il avait dix ans de moins que Diane et affichait une quarantaine énergique. Grand, mince, il avait un visage aux traits nets et presque tranchants. Doté des mêmes yeux gris bleu que sa sœur, il partageait avec elle le même goût pour les fantaisies vestimentaires, signal clair selon eux d'une personnalité forte et affranchie des convenances. Comme elle, il éprouvait un amour immodéré pour les arts et la création artistique. Il était cependant plus éclectique qu'elle, même s'il avait suivi au départ le même parcours universitaire. Bien formé en littérature américaine, il s'était dirigé vers une école de cinéma et s'était formé à la réalisation de courts-métrages et de films d'animation. Il en avait réalisé plusieurs, qui ne manquaient pas de relief et tournaient dans les festivals. Dans un des dessins animés qu'il avait réalisé, une petite fille voyait un piano voler dans le ciel et faisait tout pour le rejoindre et en jouer. L'ascension du ciel étant périlleuse et le piano facétieux, elle peinait à réussir. Dans un autre, deux adolescents se mettaient à vivre sous la mer et tentaient de ne pas se faire remarquer des humains qui cherchaient leurs traces. Enfin, il avait trois ans auparavant, signé l'histoire d'un chat noir new-yorkais habile à traquer les fantômes qui hantent inévitablement les maisons laissées vides. Parallèlement, il s'était mis à l'écriture et venait de terminer la rédaction d'un second roman où deux vagabonds trouvaient chez un couple de riches esthètes un travail saisonnier qui tournait à leur détriment. Daniel, s'étant fait remarquer avec un premier opus qui répondait aux règles traditionnelles du roman d'aventure, craignait de déconcerter avec ce texte inclassable, mais il aimait les défis. Son premier texte, qui relatait la vie d'un homme tranquille qui décidait à soixante ans, de ne plus être conventionnel et traversait l'Amérique en camping car, multipliant les rencontres cocasses, était plutôt drôle...

10 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 3. Guéri mais meurtri. Niels à la croisée des chemins.

 

Chez Daniel Webster, le danseur Niels Lindhardt est arrivé épuisé. Le voilà délivré de ce qui l'entravait et, de nouveau, plein de projets. Toutefois, le plus dur est à venir...

Niels, qui adorait Daniel, en était persuadé. Du reste, il soigna sa blessure, et reprit du poids. Son sommeil redevint régulier et il se remit à aimer la vie. Au bout de quelques semaines, il se mit à courir dans Brooklyn et fit de longues promenades avec Daniel, allant souvent jusqu'à Manhattan. Quand il se sentit prêt, il gagna un studio de danse où il recommença à s'entraîner. Cependant, il avait été limogé du New York City ballet de façon très cavalière. Il ne pourrait retrouver son niveau d’antan.

-C'est très injuste, Daniel !

-Oui, ça l'est.

Naïvement, le danseur pensait à se faire engager par une autre troupe d'envergure sur le sol américain et ne désespérait pas d'y parvenir. Il méconnaissait les desseins de son compagnon et ceux-ci allaient dans une direction tout autre. Il importait peu que Niels retrouvât le succès comme danseur classique car Webster n'en voyait pas l'intérêt. Il voulait bien sûr que son partenaire allât mieux. Il lui suffirait alors de se produire de temps en temps dans une toute autre compagnie qui serait axée sur la danse contemporaine. Un temps, il ferait ainsi puis il ne ferait plus rien. Ça n'avait aucune importance. Il était sa créature, celle sur laquelle il viellait jalousement. C'était à lui de lui construire l'avenir auquel il n'aurait jamais songé lui-même. Le reste était dénué d'intérêt mais bien sûr, il ne laissait rien paraître.

-Je ne dirais pas que je me suis blessé.

-Tu ne le diras pas.

 

8 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 3. Une dédicace et une rencontre. Irène et Webster.

 

Irène tient à aller à Cannes. Sans connaitre le rôle que Webster joue dans la vie de Niels, elle souhaite voir celui-ci car il dédicace ses livres...

Au jour dit, elles gagnèrent la librairie où officiait l'écrivain américain. Assis derrière une table, des piles de livres montant de chaque côté de lui , il avait l'air sombre. Malgré tout, il portait beau et il était, dans son costume noir, d'une insigne élégance. Elle s'approcha, intimidée et lui tendit son exemplaire. Il parlait à priori suffisamment de français pour se débrouiller seul et planta ses yeux sombres dans les siens.

-Vous aimez Terridge en Enfer ?

-Oui.

-Mon traducteur français est brillant.

-J'aurais pu le lire en anglais mais oui, la traduction est élégante.

-Élégante, c'est le juste mot.

Webster avait une façon étrange de la regarder.

-Pour qui dois-je signer ? Lui demanda -t'il en lui adressant un sourire poli.

-Irène Diavelli. Vous parlez bien français.

-Non, pas très bien. Niels parle bien. Niels Lindhardt.

Irène sursauta. Il allait droit au but. Le danseur...

-Je peux écrire en anglais, madame ?

-Oui...

Il lui tendit le livre. Ce n'était pas une dédicace qui y figurait mais l'adresse d'un hôtel et un numéro de téléphone, suivis de la mention : Niels ne sait pas mais moi, je sais. Nous devons nous rencontrer le plus vite possible.

Tremblante, Irène referma le livre tandis que Martine, qui avait elle-aussi acheté un roman du même auteur, le faisait elle-aussi dédicacer. Le lendemain matin, Irène trouva un prétexte pour marcher seule et son amie la laissa faire. Webster avait élu domicile dans un hôtel élégant. Il lui demanda de monter dans sa chambre. Celle-ci était élégante sans ostentation mais Webster l'avait comme imprégné de sa hargne.

CHAUSSONS 3

 

-Vous pouvez me parler de Niels ?

Il la regarda avec mépris.

-Bien sûr. Il est à San Fransciso et a renoncé à une belle carrière. A cause de vous. Mais enfin, il semble assez heureux. Je fais tout pour qu'il le soit.

-On dirait que vous me détestez.

Elle avait laissé le français pour l'anglais car il était plus adapté à la situation.

-C'est le cas.

Elle étouffa un cri.

-Je l'admirais, je voulais le connaître davantage et l'impressionner...Cette grâce adolescente n'est qu'un passage....J'étais fascinée par elle...Il avait une ligne de vie courte, lui qui était si doué et si beau ! Pourquoi aurais-je accepté cela ? Je lui ai donné une nouvelle chance, voilà tout. A Paris, il voulait me voir. Je me croyais détachée de lui. Il dansait à Londres.Je ne croyais plus en ma carrière. J'ai commencé à être malade...Des rêves de pénétration, d'intromission...Être lui...Pour le faire grandir, pour vivre au cœur même de sa beauté et découvrir les mystères de son art...Traverser l'espace, l'air...Lui donner une autre vie...

-Et vous l'avez fait ? Je fais partie de ces hommes qui n'aiment pas les femmes. Vous êtes là à cerner celui qui fera un bon mari ou un nouveau mari, à choisir un amant puis sur le tard à chercher des substituts. Évidemment, celui qui est jeune et beau suscite votre intérêt...

 

4 octobre 2024

La Nuit de l'envol. Partie 3. Webster et Irène. Confrontation violente. (1)

 

 

Cannes. Rencontre entre Webster et Irène. Confrontation violente. Rancœur de l'écrivain.

-Vous pensez que je lui faisais du mal ? Comment pouvez-vous penser cela ? Il faut qu'il ait une détestation totale de la femme pour mettre ainsi Niels en garde contre moi. Je n'aurais jamais fait de mal à ce jeune homme que je vénérais. Je n'étais pas en lui pour cela !

-Ah ?

-Et puis...

-Et puis ?

-Ah, j'ai lu vos deux romans et j'y vois clair maintenant. Vous vous êtes insurgé contre moi et vous l'avez contraint à vous obéir. Vous l'avez séquestré, celui que j'aimais d'un amour pur et filial, et l'avez soumis à vos fantaisies !

-Mes fantaisies ?

-Oui, vous faites partie de ces gens qui se livrent à d’écœurantes parades sexuelles. Mais enfin, comment peut-on réduire un être jeune et beau à une telle dépendance !

-Il m'aime et je l'aime. Nous faisons souvent l'amour. Ça vous pose problème, on dirait...

Le cœur d'Irène se mit à battre violemment. Amoureuse mais à sa manière elle l'avait été aussi de Niels et le restait.

-Il est vraiment beau.

-N'est-ce pas !

-C'est un artiste, un vrai et j'en ai été une aussi. Les gens comme nous n'ont pas les mêmes repères. La musique s'inscrit dans l'espace et le temps et elle a un caractère fugitif,comme la danse classique. Un virtuose du piano ou du violon va créer un moment unique dans la vie d'un spectateur comme un danseur de haut niveau pourra le faire en remplissant la scène de ces figures compliquées et de ces sauts qui créent l'extase...Niels et moi pouvons trouver un point de confluence …

-Je suis un écrivain. Et même un bon écrivain. Oui, je sais, madame, je bâtis une œuvre qui vous conforte dans l'idée que mon enfer personnel est presque construit. Encore quelques touches...Je m'autodétruis et vous comptez triompher, vous qui étiez presque morte ! Mais contrairement à ce que vous pensez, je suis un artiste moi-aussi et je comprends Niels bien mieux que vous !

7 novembre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 1. Niels vivant. Irène en lui. Changement de vie.

 

Niels, qui veut devenir un grand danseur classique, part pour Boston. Son avion s'écrase. Tout pourrait s'arrêter si Irène Diavelli ne descendait de changer la trajectoire de sa vie. Le vol pour Boston s'est écrasé mais pas celui pour New York...Niels va vivre mais Irène est en lui

Le jour anniversaire de ses vingt-deux ans, Niels se rendit à l'aéroport pour prendre un vol Londres-Boston. Il s'installa confortablement dans l'avion. Il avait en poche un contrat de deux ans renouvelable. Au regard de l'administration américaine, il était en règle. Il était fier de sa collaboration avec de bons chorégraphes anglais mais plus fier encore de son entrée dans une compagnie américaine.

C'était un vol de nuit. Niels dîna légèrement et s'apprêta à regarder des films. Les ennuis commencèrent trois environ après le décollage. L'avion parut traverser des zones de turbulence sans que l'on s'inquiétât vraiment. On aurait dû. Il devint incontrôlable et s'abîma dans l'océan. Il n'y eut aucun survivant. Dans l'histoire de la British Airways, c'était une tragédie sans nom. Il en allait de même pour les familles des victimes.

Dans le même temps, Irène tomba dans le comas. Elle avait espéré qu'enfiler la combinaison qui faisait d'elle Niels Lindhardt quelques heures par jour aurait suffi à ramener à elle le danseur dont elle occupait le corps et manipulait les pensées. Puisqu'il partait sans même l'avertir, c'est qu'il l'avait oubliée, aidé sans doute par cette Monica au visage trop rond. Elle mena seule un terrible combat. Elle pouvait rester elle-même, accepter sa défaite et reprendre conscience. On trouverait en ce cas une explication rationnelle à son état passager. Elle pouvait aussi s'engouffrer dans ce qui restait de Niels Lindhardt, devenir lui, effacer les traces de sa présence sur ce vol et être lui qui voyagerait la semaine suivante.

La pianiste n'était plus. Le danseur serait.

Elle choisit d'être lui et entra dans son corps.

Tout se décala puisque devenue lui, elle pouvait modifier son histoire à sa guise, ce qu'elle fit. Pour commencer, il ne fut pas engagé à Boston mais à New York et il ne mourut pas. Et à partir de là, sa vie suivit un cours différent mais tortueux...

 

7 novembre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 1. Celui qui fait naître le désir...

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Pianiste dans une académie de danse, Irène Diavelli, qui jadis a fait une belle carrière de virtuose, est troublée par Raphaël, un jeune homme qui vient prendre des cours...

Irène, en le voyant paraître devant elle dans son imagination, doutait que les mises en garde du jeune danseur fussent perçues. Pour le commun des mortels, il était infiniment désirable et elle ne doutait pas que plusieurs filles de son âge soient amoureuses de lui. La mère de l'une d'entre elles pouvait elle-aussi ressentir du désir pour cet adolescent. Enfin, Irène ne doutait pas qu'il fût aussi convoité par des garçons de son âge ou par des hommes mûrs. Ceux-là surtout devaient chercher la faille qui leur permettrait l'accès à ce jeune corps et à cette âme exaltée et exigeante. Si une femme mûre n'y parvenait pas la première, un homme la supplanterait. Tous deux seraient liés à la danse. Une ballerine d'une quarantaine d'année à la grâce fragile ou un chorégraphe chevronné qui saurait capter l'attention du beau jeune homme.

Il est fragile, plus qu'elle en tout cas, mais quand il danse, il y a déjà en lui quelque chose de parfait. Cela, les membre des jurys le verront dans les concours qu'il passera. Il intégrera une grande compagnie. Il est impossible qu'il en soit autrement.

Ce désir qu'elle sentait planer autour du jeune homme n'était pas sans inquiéter Irène. Elle n'avait jamais aimé que des hommes de son âge et ne se croyait pas capable, à son âge, de ressentir une attirance physique violente pour un garçon si jeune. En un sens, elle avait raison de garder foi en elle-même. Elle comprenait simplement que si on se base sur le postulat que les œuvres d'art naissent du désir, Raphaël était capable de le susciter bien plus qu'Anaïs et de donner sens ainsi à d'ambitieux projets. De là à penser que parmi ceux qui en seraient les artisans, il y en aurait à qui la contemplation ne suffirait pas... Il susciterait l'engouement après avoir fait naître la création. Ce serait magnifique mais pour lui difficile. On ne brille pas impunément...

Ils le voudront, ils le voudront tellement...Je devrai être vigilante...

Elle l'aborderait et verrait cela avec lui. Il ne refuserait pas d'en parler. Il avait compris ce qu'était la convoitise...Oui, si jeune, il savait...

 

31 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 1. Anaïs, à Cannes.

 

 

4. Cannes. Académie de danse et jeunes danseurs.

A Cannes où elle joue du piano dans un école de danse, l'ex-virtuose Irène Diavelli, a repéré deux danseurs. Le jeune Raphael Lindhardt et la jeune Anaïs Basso.

Sur les hauteurs cannoises, un peu en dehors de la ville, fleurissent les belles propriétés. La famille Basso faisait partie des privilégiés qui en possédait une. Elle était magnifique, Irène le comprit dès qu'il s'y rendit et sa situation privilégiée, dans le Haut-Canet lui permettait de jouir d'un panorama exceptionnel sur les îles de Lérins. Elle y fut invitée quelques jours après son récital. Xavier et Agnès Basso étaient natifs de Cannes et venaient tous de familles liées à la bourgeoisie récente. Leurs parents brassaient des affaires allant de l'immobilier à la vente de voiture et s'étaient montrés suffisamment malins pour monter socialement. En dignes rejetons, l'un et l'autre était doué en affaires mais à la différence de leurs parents, ils avaient fait des études et acquis une certaine culture. Architecte à la tête d'un prospère cabinet cannois, Xavier, la cinquantaine bien portée, affichait pour les arts un amour sans borne. Décoratrice d' intérieur, Agnès parlait bien l'anglais et l'italien et voyageait souvent pour parfaire sa pratique. Son goût pour les petites sculptures et les tableaux de jeunes artistes en quête de notoriété, était affirmé. Agnès avait un grand frère qui confirmait le virage pris par la famille. Il avait fait son droit et travaillait à Marseille dans un cabinet d'avocats qui avait le vent en poupe. Toutefois, bien des espoirs reposaient sur Anaïs. Une artiste dans la famille, ce serait tellement bien !

Irène savait distinguer ce qui est de l'ordre du vrai savoir et ce qui l'est du placage. En intégrant une grande compagnie chorégraphique, la jolie ballerine flatterait les ambitions familiales car le don qu'elle avait était singulier...

Agréablement accueillie, la concertiste se laissa flatter sur sa carrière passée avant de complimenter ses hôtes sur leur belle et luxueuse villa, pleine de tableaux « de peintres qui montent » et doté d'un piano de belle qualité.

-C'est qu'au départ, Anaïs montrait de bonnes dispositions pour le piano. Nous avons donc fait le nécessaire : achat d'un bon instrument et cours particuliers. Très vite cependant, elle a parlé de danse classique. Nous ne l'avons pas prise au sérieux pour commencer. Elle n'avait que neuf ans ! Mais très vite nous avons compris qu'elle ne mentait pas et du reste, ayant dans notre entourage une ancienne ballerine qui a fait une jolie carrière, nous lui avons demandé son avis. Anaïs avait les dispositions physiques qu'il fallait ! Et vous voyez, c'est bien vrai !

 

 

31 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 1. Irène et Anaïs, la jeune ballerine.

 

 

Dans ce bel espace, Irène passa une belle soirée. Le salon était vaste et lumineux. Il donnait sur une terrasse qui, en belle saison, offrait une vue splendide sur les îles de Lérins. On était là dans un univers qui échappait à toute contrainte matérielle et elle se laissa aller avec bonheur en échangeant avec des hôtes qui faisaient tout pour lui plaire. Il lui tardait malgré tout de rencontrer seule à seule la ballerine, pour mieux la sonder...

-Mes parents sont terriblement bavards, n'est-ce pas ! Je sais que vous voudriez que nous parlions davantage. Je dors souvent rue d'Antibes, chez ma grand-mère maternelle. On peut se rencontrer chez elle si vous voulez. Ne vous inquiétez pas : elle est souvent absente de chez elle !

C'est ainsi que la jeune fille lui proposa une première entrevue.Elle était rieuse Anaïs, et très à l'aise dans le cossu appartement de Delphine Filistreli, sa grand-mère qui cherchait à rajeunir en s'achetant des tailleurs et des robes « faisant jeune » et en se ruinant en produits de beauté.

-Vous savez, Irène, mes parents rêvent pour moi d'une grande compagnie internationale. En réalité, moi, je souhaite me faire engager par les Ballets de Monte-Carlo. Jean-Christophe Maillot, le directeur artistique, mon père le connaît plus ou moins. Je dois vous avouer que c'est là mon grand rêve...

-Monte-Carlo ? Vous passerez une audition ?

-Oui. J'aurais dix-huit ans fin juillet prochain. Je ferai encore quelques stages intensifs et passerai en effet une audition.

-Vous semblez très sûre de vous, comme si tout était acté...

-Et pourquoi tout ne le serait-ce pas ?

-Et les autres scènes ?

-Il y aurait bien Milan ! Seulement, il faut que je sois sûre que Roberto Boyle m'attende...

 

26 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 2. s'écarter d'Alexia.

 

 

Au terme de ses deux années de formation, il reçut un diplôme et de nombreuses félicitations. Il était sur le point de partir...

-Il faut tout de même que tu me dises au revoir !

-Je suis là, madame.

-Tu es revenu à « madame »...

-Oui.

-Pourquoi t'en aller si vite? En travaillant pour le Ballet royal, tu voyagerais de toute façon et t'y faire accepter est une formalité.

-Non.

-Et tu n'as rien d'autre à dire ?

-Non.

Je ne lui disais rien, jamais rien. Je n'en avais pas envie. On avait été très proches de faire l'amour ensemble mais je m'étais repris à temps. Pas à cause de son âge et de son cœur mais parce qu'après, ça n'aurait plu cessé ces sollicitations, ces ordres dissimulés qu'elle savait donner...

Ou alors non, c'était bien à cause de son âge et de son corps et quand ça avait failli se passer, je m'étais souvenu d'une fille qui m'attendait et d'un garçon qui avait insisté pour qu'on se voie. Je m'étais dit que si l'un n'était pas au rendez-vous, l'autre prendrait sa place. Alors, cette femme aux belles robes, ça ne valait pas la peine de coucher avec elle. Je n'aime pas qu'on m'oblige à quoi que ce soit et avec ses façons de faire, c'est ça quand même qui se profilait...Ce soir là, j'ai eu la fille à plusieurs reprises mais quelques temps plus tard, je l'ai laissé pour le garçon qui m'intéressait beaucoup plus. Il me plaisait beaucoup et je le trouvais intelligent. Mais de toute façon, je voulais partir. Alors, j'ai fait ce qu'il fallait pour m'en aller...

A cause d'elle ? Ah non, certainement pas.

Il fila à Londres et passa des auditions pour travailler dans plusieurs compagnies. L'une d'elles le repéra. Il écrivit à Alexia qui le félicita. Sentant sa peine, il ne dit rien , préférant enthousiasmer Monica, qu'il fit venir à Londres où tous deux rirent beaucoup. Et il y avait cette femme à Cannes, cette pianiste brillante qui, on ne sait pourquoi jouait du piano dans une salle pleine de danseurs à l'entraînement. Il avait envie de savoir ce qu'elle était devenue mais butta sur l'ignorance de la nouvelle secrétaire de l'Académie Fontane rosa. Irène Diavelli ? Partie ? Oui, à Paris, mais où...

Il se promit de ne pas lâcher et de la retrouver. Il aimait l'intégrité chez les femmes. Cette Irène, ce serait bien de la croiser de nouveau. Une question de temps...

 

20 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 2.Être Niels. Le souhait d'Irène.

 

3. Être lui.

A Paris oui, il avait voulu la voir ...Au fond, qu'est-ce que ça aurait donné ? Oui, bien sûr, il admirait l'interprète qu'elle était mais quoi de plus ? Ce qui était bon, c'est qu'il se soit souvenu d'elle et qu'il l'admire. Pour elle, c'était suffisant mais ensuite elle avait commencé à se sentir mal, preuve qu'elle faisait erreur. Ce n'était pas le rencontrer qu'il fallait, c'était être lui. L'impensable pouvait-il se produire ? Oui puisqu'au fond de sa chambre d’hôpital, ce qui la constituait elle était réduit à rien. Tout ce qu'il y avait de vivant en Irène Diavelli s'était engouffré dans le corps de Niels Lindhart et bien sûr, dans son esprit...

 

10 octobre 2024

La Nuit de L'Envol. Partie 3. Enfermé pour se purifier !

 

Daniel Webster enferme chez lui le jeune Niels sous couvert de de le débarrasser de ce qui le dévore. La pianiste Irène Diavelli, qui s'est intéressés au jeune homme, est imitoyablement rejetée

Quant à Irène, qui incarnait l'adroite cruauté d'une artiste qui a perdu son talent, elle perdit quasiment la partie...

-Parfait, dit Webster, en palpant le corps de Niels, parfait ! Il y a bien la région du foie où je la sens encore mais pour le reste, elle t'aura vraiment déserté...

-Mais il avait ces petites amoureuses qui ont traversé m vie de Niels, jusqu'à cette Liza que j'ai éconduit et cette autre fille avec qui je n'ai rien pu faire. Toutes à rejeter. Toutes condamnables...Je suis encore fautif !

Qu'il était agréable de constater à quel point ce bel et ombrageux Niels se montrait contrit, à quel point il voulait lui plaire ! Daniel en était étourdi !

-Tout est incroyablement dense, tout est métaphysique ! Ne pense pas à ses rencontres éphémères, Niels, elles n'étaient rien. N'oublie pas aussi que tu as recherché la compagnie de plusieurs hommes...Non, ne t'agite pas ! De ceci, je ne fais pas reproche, tu étais dans ton bon droit. Du reste, tu aurais pu comprendre que là était ta vraie recherche...Encore que non  car c'est à moi que tu étais promis !

Confus, le jeune homme ne savait que faire. Daniel le laissa incertain quelques jours encore puis revint vers lui.

-Tout va bien. Nous allons pouvoir reprendre nos étreintes...

Elles redevinrent si fréquentes que parfois, Webster devait se montrer ferme.

-Je te laisse quelques heures, je dois écrire. Dès que j'ai fini, je te prends de nouveau... Tu n'as pas d'inquiétude ?

-Non Daniel.

-Reste ainsi, reste nu. C'est aussi bien.

-Oui, je vous attends ainsi.J'ai déjà hâte...

-Je durerai en toi. Je sais quels sont tes besoins...

Webster justifiait les demandes les plus folles et, désormais, avait toujours gain de cause.

-Je ne suis ni un vampire qui se nourrit de toi ni un fornicateur qui te soumet à ses caprices ! Niels, ne crois pas que je me repaisse de ton corps pour le vil assouvissement de pulsions basiques. Si tu avales mon foutre et bois ma pisse et si je fais de même, c'est pour te délivrer, te purifier ! Oui, je te libère ! N'y a t'il pas un jour où je ne prouve ma dévotion ? N'as tu pas conscience de tout ce que je fais pour t'aider ? Tu as été frappé mais tu vas redevenir magnifique ! L'amour que j'ai pour toi est d'essence divine...

 

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Moi, je sais d'où souffle le vent. Ecrits sur la danse.
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